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CIRTEF Héritage
13/10/2026

CIRTEF Héritage

Depuis plusieurs mois, le CIRTEF Cotonou connaît une nouvelle dynamique autour de la valorisation de ses archives audiovisuelles.

À travers CIRTEF Héritage, lancé par le CIRTEF Bruxelles avec l’appui technique de France Médias Monde, des documents produits parfois il y a plusieurs années retrouvent progressivement leur chemin vers le public. L’ambition n’est pas simplement de republier les anciens programmes. Il s’agit de les recontextualiser, de les raccourcir et de leur donner une nouvelle écriture, adaptée aux usages actuels du numérique, tout en respectant leur valeur documentaire et historique. Car une archive qui dort dans un serveur reste une mémoire silencieuse. Une archive remise en circulation peut, elle, recommencer à raconter.

De l’ancien documentaire à la capsule numérique

La démarche éditoriale mise en place à Cotonou privilégie désormais des formats courts, généralement de deux à trois minutes
Chaque capsule doit porter une idée forte. Les témoignages et les voix originales sont conservés autant que possible. Le commentaire vient seulement apporter le contexte indispensable.
Cette nouvelle écriture concerne des univers très différents : musique, culture, patrimoine, figures africaines, éducation, société ou encore traditions.
Des sujets consacrés à Poly-Rythmo, Jimi Hope, Lokua Kanza, Zap Mama ou Cotonou Couleurs Jazz ont ainsi retrouvé une nouvelle vie sur la plateforme. L’expérience montre surtout qu’un document ancien peut encore toucher un public contemporain lorsqu’il est correctement raconté.

Des images d’hier, des questions d’aujourd’hui

La série consacrée aux défis des universités africaines en constitue une autre illustration. À travers Gbadagry, au Nigeria, Bamako, au Mali, et Ouagadougou, au Burkina Faso, les archives permettent de retrouver les préoccupations qui traversaient déjà les campus africains au moment des tournages.
Le travail entrepris ne consiste donc pas à présenter ces films comme des documents figés dans leur époque, mais à poser une question simple :
Que sont devenues ces réalités aujourd’hui ?
C’est dans cet esprit que le document Réussir à tout prix, réalisé par Pierre Komdaogo pour CIRTEF-RTB en 2013, a été revisité à travers plusieurs capsules consacrées aux étudiants qui avaient choisi de travailler parallèlement à leurs études.

Quand une archive retrouve son personnage

L’une des histoires les plus fortes de cette aventure est peut-être celle de Pasteur Photo, l’un des jeunes protagonistes de Réussir à tout prix. Plus de dix ans après le tournage, il a repris contact pour rechercher le documentaire dans lequel il apparaissait. Au-delà des chiffres d’audience, ce genre de rencontre rappelle pourquoi les archives audiovisuelles ont une valeur particulière : elles conservent des visages, des voix, des parcours et des moments de vie. Elles permettent parfois à ceux qui y figurent de retrouver une partie de leur propre histoire.

Gbadagry : regarder l’archive avec les yeux d’aujourd’hui.

Le travail réalisé autour de Gbadagry va dans la même direction.
Le document consacré au Village français de Gbadagry, réalisé en 2016, a été revisité afin de présenter à nouveau cette expérience d’enseignement et de diffusion du français au Nigeria, tout en invitant à regarder son environnement actuel.
Pour le réalisateur et monteur qui a travaillé sur ce sujet, cette archive possède également une dimension personnelle : quelques années auparavant, il avait lui-même découvert cet univers dans le cadre de ses études avant d’y revenir professionnellement avec le CIRTEF. L’archive devient alors plus qu’un document : elle devient un pont entre plusieurs générations et plusieurs périodes de la vie professionnelle.

L’intelligence artificielle comme compagnon de travail

Cette nouvelle étape de CIRTEF Héritage a également été accompagnée par un outil devenu progressivement un véritable partenaire de réflexion : l’intelligence artificielle.
Elle a servi à rechercher, organiser, reformuler, condenser et recontextualiser certaines informations, à réfléchir à la structure des capsules, aux titres, aux résumés et à l’écriture destinée aux nouveaux publics.
Mais l’outil ne remplace ni le réalisateur, ni le monteur, ni le journaliste. Il propose, suggère, questionne et aide à explorer des pistes. Le choix éditorial, la vérification des informations, le rapport aux images et la décision finale restent du ressort du professionnel. Dans cette expérience, l’IA est ainsi devenue une sorte de compagnon virtuel de travail, présent dans l’ombre mais participant quotidiennement à la réflexion autour des archives.

Un laboratoire pour la formation

Cette expérience dépasse progressivement le seul cadre de la diffusion. Elle trouve également un prolongement dans la formation des jeunes professionnels. À l’INMAC de Calavi. Du 28 septembre au 03 octobre 2026, douze étudiants de deuxième année ont travaillé sur les fondamentaux de la postproduction, du montage à l’infographie en passant par les effets, le son, le rythme et la préparation d’un programme destiné à la diffusion ; sous la direction du Responsable du CIRTEF Cotonou Anselme AWANNOU. Le principe est de leur faire comprendre que la technique n’est jamais une fin en soi. « Avant de monter les images, montez l’idée. » Cette approche permet de relier directement l’enseignement aux réalités professionnelles et au patrimoine audiovisuel du CIRTEF.

Une aventure collective

Si le travail réalisé à Cotonou apparaît aujourd’hui comme une dynamique nouvelle, il est aussi le résultat d’un engagement collectif.
Plusieurs personnes ont oeuvré, parfois dans l’ombre, à créer les conditions nécessaires à cette relance : Daniel BROUYERE, Secrétaire général du CIRTEF par intérim à Bruxelles ; Lucia VERDONE, secrétaire administrative du CIRTEF ; Ali OUMAROU, Directeur Afrique du CIRTEF à Niamey ; Roger ROBERTS, Président du Groupe Titan à Bruxelles ; Jean-Marc BELCHI, Chargé de formations à France Médias Monde et Emmanuel MBEDE de la CRTV Cameroun, Président du CIRTEF.
À cette équipe s’ajoute l’accompagnement de Sylvain BELETRE de France Médias Monde, dont les échanges ont contribué à ouvrir de nouvelles perspectives, notamment autour de la formation, de l’éditorialisation et de possibles collaborations avec l’INA.
Chacun, à son niveau, participe à cette volonté commune : faire des archives du CIRTEF une ressource culturelle, pédagogique et professionnelle.
Une audience qui encourage la démarche
La réponse du public constitue un autre indicateur encourageant. Au 4 octobre 2026, CIRTEF Heritage comptabilise 52 636 vues, avec encore deux capsules de Réussir à tout prix à venir. Ces résultats ont également permis d’affiner progressivement la stratégie de publication. L’expérience a montré que la diffusion simultanée de plusieurs capsules pouvait pénaliser certains sujets. Le choix s’oriente donc désormais vers une publication plus espacée, permettant à chaque capsule de vivre pleinement et de rencontrer son propre public.

Cette évolution montre que CIRTEF Heritage est aussi un laboratoire d’expérimentation : on publie, on observe, on analyse et on ajuste.

Cotonou, un centre qui veut reprendre sa place

Au-delà de la chaîne YouTube, cette expérience porte une ambition plus large : montrer que le CIRTEF Cotonou possède encore un patrimoine considérable et des compétences capables de le remettre en circulation.
Avec plusieurs milliers de documents issus notamment de Cotonou, Yaoundé et Niamey, le patrimoine audiovisuel du CIRTEF constitue une mémoire exceptionnelle de plusieurs décennies de vie africaine.
Il reste beaucoup à explorer. Et surtout, beaucoup à raconter. Une mémoire pour demain CIRTEF Heritage n’est donc pas seulement un projet de diffusion numérique. C’est une manière de regarder autrement le patrimoine audiovisuel. Une archive n’est pas seulement une trace du passé. Lorsqu’elle est correctement recontextualisée, elle peut redevenir une histoire du présent.
Les images ont été tournées hier.
Les voix ont parfois vieilli.
Les lieux ont changé.
Les protagonistes ont grandi.
Mais les histoires demeurent. Et leur nouvelle vie commence aujourd’hui.

Anselme AWANNOU
Responsable CRPF